Vous etes ici : Les Faucheurs Volontaires d'OGM / LES OGM ? / La Mutagenese / article en lecture


 


  • Le Colza

  • Le Tournesol

  • Autres plantes mutées
  •  

     

     

     

    LA MUTAGENESE

     
    DOCUMENTS

    Le 24-07-2017 / 07.27            





    DÉMASQUER ET RÉGLEMENTER LES OGM CACHÉS

    De plus en plus de Variétés rendues Tolérantes aux Herbicides (VrTH) et de plantes qualifiées «d’OGM cachés » par les organisations de la société civile sont cultivées et commercialisées sans avoir été évaluées, sans être étiquetées et sans aucun encadrement ni suivi de leur dissémination. Au delà de la violation du principe de précaution, de la protection de la santé et de l’environnement, ces OGM cachés sont également imposés à l’agriculture biologique et aux consommateurs qui n’en veulent pas sans qu’ils n’en soient informés. Ils constituent également des instruments d’appropriation du vivant par les brevets et d’encouragement à la biopiraterie. Ce document analyse comment une application correcte des réglementations européennes tenant compte des Conventions internationales peut mettre un terme à de telles pratiques.

     

    I – Une communication simplificatrice qui ignore l’évolution des connaissances

     

    Les éléments de langage destinés à faire accepter les nouveaux OGM ont récemment changé de registre. Ils affichent certes toujours les mêmes promesses de résoudre, grâce à l’innovation technique, toutes les menaces alimentaires, sanitaires, environnementales, climatiques... qui pèsent sur l’avenir de l’humanité. Se focalisant sur le comment et pas sur le pourquoi, ils éludent ainsi soigneusement les causes d’abord politiques de ces menaces. Mais alors qu’il y a 20 ans, l’industrie et la recherche à son service se vantaient de pouvoir modifier, déjà avec précision, le vivant à volonté, elles prétendent aujourd’hui au contraire faire la même chose que ce que fait la nature, en allant juste un peu plus vite afin de rendre les objets, les plantes et les animaux un peu plus «intelligents».

     

    Ce glissement de la communication industrielle vise à répondre aux publics européens et de pays tiers qui, s’ils acceptent les médicaments et les produits industriels génétiquement modifiés, refusent la nourriture et les cultures OGM. Lorsqu’il s’agit de l’homme ou des risques pour la biodiversité, ces publics acceptent la manipulation génétique de cellules somatiques non héréditaires, mais refusent les manipulations de cellules germinales porteuses du patrimoine génétique héréditaire. Les gouvernements eux-mêmes expriment de plus en plus de réserves lorsqu’il s’agit de modifier le patrimoine héréditaire de tous les organismes vivants (voir par exemple les réticences quant aux nouvelles techniques de biologie de synthèse) 1.

     

    C’est pourquoi l’industrie semencière ne parle plus désormais de modification génétique, mais de simples perfectionnements de procédés «traditionnels» ou «conventionnels». Elle ne modifierait plus le génome, mais se contenterait de l’éditer pour l’améliorer, comme on retouche une photo pour la rendre encore un peu plus «vraie». La référence à la tradition, non définie mais supposée porteuse de bon sens et de valeurs actuellement recherchées par les citoyens, justifierait à son sens l’abrogation de la réglementation OGM tandis que les «perfectionnements» légitimeraient les brevets.

     

    La première recette de cette opération de réhabilitation de l’agriculture et de l’alimentation génétiquement modifiées consiste à instiller une confusion en regroupant des procédés très différents les uns des autres sous un seul vocable générique non défini, la «mutagenèse», avec comme postulat «mutagenèse = mutation naturelle». La seconde recette consiste à nier, ou du moins à ne jamais évoquer, la partie des modifications provoquées qui ne sont pas génétiques mais épigénétiques. La troisième recette consiste à ne pas présenter les techniques connexes à celle décrite comme principale.

     

    Les diverses techniques qualifiées de mutagenèse sont pourtant très différentes les unes des autres. Les plus récentes d’entre elles mobilisent des techniques connexes, communes à celles utilisées pour les OGM transgéniques actuels, de préparation des cellules, de multiplication, de sélection et de régénération in vitro

    des cellules transformées qui interdisent toute auto-régulation, par l’organisme vivant modifié, des modifications héréditaires qui lui sont imposées. Les recombinaisons génétiques et épi-génétiques générées par ces techniques ne sont plus de même nature dès lors qu’elles sont privées, par les techniques in vitro, de cette auto-régulation, ou homéostasie (2) , dont on peut constater certains effets mais dont on ignore encore à peu près tout. C’est pourquoi chaque ensemble de techniques renvoie à des cadres juridiques différents, que ce soit pour la biosécurité, la mise en marché, l’agriculture biologique ou la propriété intellectuelle.

     

    Les catégories juridiques qui encadrent les inventions biotechnologiques en Europe ont été construites dans les dernières décennies du siècle dernier dominées par une conception du «tout génétique» grossièrement résumée par l’expression : «un gène code pour une protéine qui définit une fonction».

     

    Depuis, une meilleure connaissance des génomes, des nombreuses interactions en réseaux et de l’épigénétique sont venues relativiser cette caricature mécaniste de la biologie moléculaire actuellement mobilisée par les industriels pour leurs besoins de communication.

     

    Les végétaux et les animaux font partie des organismes multicellulaires organisés en tissus. Leurs cellules, dites eucaryotes, possèdent un noyau séparé du reste de la cellule par une double membrane et plusieurs génomes qui interagissent entre eux. Si la majorité du matériel génétique est dans le noyau, il en existe aussi hors du noyau dans le cytoplasme (mitochondries, voire chloroplastes). Un tissu vivant est composé de cellules communiquant entre elles, soit directement entre deux cellules à travers leurs parois (plasmodesmes de plantes), soit par des vaisseaux (phloème...) et au moyen notamment d’hormones, de protéines, d’acides nucléiques (ARN et ADN)... Ceci tant chez les plantes que chez les mammifères les plus évolués, voir par exemple les communications mère-embryon via le placenta. Un organisme est un ensemble de tissus communiquant et interagissant entre eux. Il maintient ainsi une certaine homéostasie tout en restant à l’écoute de son environnement, par exemple par des modifications épigénétiques.

     

    L’importance de l’épigénétique est consacrée par les 2 tomes d’un récent rapport (3) de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques français. Son titre est très évocateur de la nouveauté de la question : «L’épigénétique, une nouvelle logique du vivant ?». Les plus fervents défenseurs du génie génétique, comme le docteur Laurent Alexandre, reconnaissent eux aussi ce changement de paradigme qu’il convient de prendre en compte pour l’interprétation du droit (4) : «A lui seul, le génome n’explique ni ne justifie tout. La génétique a récemment révélé l’extrême complexité de notre biologie, qui se bâtit grâce à un mélange de déterminisme génétique, de réponse à l’environnement et de hasard. Loin des visions simplificatrices des années 2000 que le programme international de séquençage avait fait émerger, nous savons désormais que la plupart des maladies sont le fruit de multiples mutations génétiques associées aux spécificités individuelles de nos modes de vie. L’environnement, qui modifie l’expression de nos gènes, explique que deux jumeaux vont ainsi diverger, même sur des caractéristiques pour lesquelles ils sont génétiquement identiques. On qualifie d’épigénétiques ces différences induites par l’environnement ; elles se traduisent par des modifications de protéines qui entourent la molécule d’ADN et/ou l’ajout de radicaux chimiques sur certaines portions de l’ADN.

     

    1 https://www.cbd.int/doc/c/78d2/b754/df5380c70ffc3fce80756de1/cop-13-dec-17-en.pdf

    https://www.cbd.int/doc/c/a953/8a99/bbe125f91b71ae2b3b110c81/cop-13-dec-16-en.pdf

    2 L'homéostasie désigne la capacité d'un système à conserver son milieu intérieur en équilibre

    3 https://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-033-1-notice.html et https://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-033-2-notice.html

    4 « Le Monde » 8/06/2016

     

    Suite du document : http://www.faucheurs-volontaires.fr/savoir/38639886_1494829180.pdf

     

     

     

     

     

     

    Mentions legales du site faucheurs-volontaires.fr

    NOUS CONTACTEZ PAR MAIL