Pour le techno-capitalisme industriel, le vivant présente deux ennuis majeurs : d’une part, il se reproduit gratuitement et d’autre part, chaque être vivant est unique alors que le techno-capitalisme a besoin de marchandises uniformes..

 

Pour comprendre les maïs hybrides et en quoi ils sont en lien avec les OGM et les Faucheurs et Faucheuses volontaires, il faut reprendre un peu leur histoire avec l’idée que pour le techno-capitalisme industriel, le vivant présente deux ennuis majeurs : d’une part, il se reproduit et cela gratuitement et d’autre part, chaque être vivant est singulier, unique alors que le techno-capitalisme a besoin de marchandises uniformes.

 

  1.  Contexte historique et politique

Depuis 10 000 ans, les paysans récoltent leurs graines puis en ressèment une partie : celles qu’ils ont repérées dans la diversité du champ comme ayant des caractères qui leur conviennent. C’est la sélection massale. Cette sélection n’est pas stricte pour garder les possibilités d’adaptation des plantes si les conditions changent. Elle entretient la diversité sur un territoire donné.

C’est en Angleterre que les choses commencèrent à changer avec l’arrivée de sélectionneurs professionnels  (des gentilshommes fermiers) d’abord pour les animaux d’élevage à la fin du 18ème siècle puis au début du 19ème pour les végétaux. C’est le début de la recherche du profit. Nous ne parlerons que des plantes. Pour optimiser le ou les caractères recherchés, le sélectionneur choisit les graines des plantes les plus prometteuses, il les isole et les sème. Il croise ensuite les plantes obtenues et à nouveau sélectionnées entre elles. Pour stabiliser le caractère recherché, il faut de nombreuses générations: les plantes qui en sont issues seront uniformes. La diversité végétale se perd. Jusqu’à la moitié du 19ème siècle, cela se faisait mais à petite échelle.

La révolution industrielle a tout changé : avec l’arrivée du charbon, de nombreux paysans commencent à être décimés, ils partent à la mine. La première guerre mondiale tue beaucoup de paysans et industrialise l’agriculture, conjointement à l’arrivée du pétrole : après-guerre, les explosifs sont recyclés en engrais, les gaz de combat en pesticides, les chars d’assaut en tracteurs.

Dans ce contexte industriel, uniformiser les cultures devient indispensable et il faut empêcher le vivant, créateur de diversité, de se reproduire : c’est à dire empêcher le plus possible les paysans de ressemer le grain récolté. Les entreprises de sélection vont devenir de plus en plus puissantes, s’allier aux fabricants de pesticides avec le soutien des États. La division du travail agricole en filières remplace le travail des paysans qui perdent peu à peu leur autonomie. Et la reproduction naturelle est séparée de la production !

C’est dans ce contexte, qu’est apparu le maïs hybride au milieu des années 1930 aux États Unis.

 

2 - Le maïs hybride

Les maïs hybrides sont recherchés de nos jours pour leur soi-disant vigueur qui donnerait un rendement supérieur. Cette vigueur est toujours au cœur du discours commercial de l’industrie semencière.

Ils sont issus du croisement de deux lignées (variété A et variété B) que l’on a forcées chacune séparément à ne se reproduire qu’entre elles. Chez le maïs, un même plant porte des fleurs mâles (la panicule au sommet de la plante) et des fleurs femelles situées à l’aisselle d’une feuille sur le plant (rarement deux). Mais pour chaque plante, il y a un décalage de maturité dans le temps entre le pollen de la panicule et les épis femelles. Le maïs est dit allogame car il se reproduit essentiellement grâce à des fécondations croisées entre les plants, il n’est pas ou très peu autogame (fécondation entre les sexes d’une même plante). Il faut donc forcer l’autogamie chez le maïs (nombreuses méthodes : manuelles, chimiques ou génétiques). A l’issue de ce forçage artificiel, sur 8 ou 10 générations on obtient des lignées (A ou B) pures et stables, qui seront les futurs parents de l’hybride. Une lignée « pure » produit moins de pollen ou d’ovules, l’autofécondation forcée l’a «déprimée » : elle est de faible vigueur.

Le semencier croise alors ces deux lignées de maïs, dites parentales : Parent A mâle (donnant le pollen) et parent B femelle (donnant l’ovule) ou l’inverse.

Les hybrides cultivés à partir des semences portées par le plant femelle se révèlent vigoureux. On parle de vigueur hybride ou effet d’hétérosis qui selon les promoteurs des hybrides augmenterait le rendement.

Ainsi ces maïs hybrides ont eu un succès fou aux États Unis : 90% des maïs étaient déjà hybrides en 1945.

Cependant, plus de 80 ans après les premiers maïs hybrides commerciaux aux États-Unis et malgré les connaissances actuelles en génomique et biologie cellulaire, l’hétérosis reste inexplicable et controversée. En effet, les lignées parentales ayant été déprimées, c’est leur croisement qui restaure la vigueur chez l’hybride.

D’autre part, aucune causalité n’a été établie à ce jour entre l’effet hétérosis et l’augmentation de rendement.

L’hétérosis selon Jean Pierre Berlan ne serait qu’une idéologie, et les hybrides un choix politique (dans : La planète des clones – page 204). Idéologie qui a envahi l’Europe car bien organisée et présentée, elle est très rentable... pour les gros semenciers.

Les maïs industriels hybrides en France ne sont pas différents dans leur principe. S’ils sont ressemés l’année suivante, ils dégénèrent dans le champ de l’agriculteur (les caractères sélectionnés sont perdus). Leur descendance produit peu d’épis, ou des épis mal conformés. L’agriculteur doit donc acheter, tous les ans, sa semence hybride auprès des semenciers. Ces semences sont très coûteuses pour le paysan mais très avantageuses d’un point de vue pécuniaire pour le semencier, elles sont par ailleurs protégées par des droits de propriété intellectuelle (DPI) qui empêchent celui-ci de les ressemer (protection juridique supplémentaire).

 

3 – Liens entre les OGM et le maïs hybride

- Le maïs a été choisi pour imposer les OGM : c’est la première plante cultivée génétiquement modifiée : (mais Bt résistant à la pyrale) choix magistral puisqu’à l’époque en 1996, il couvrait 200 millions d’hectares dans le monde avec des agriculteurs déjà captifs du système des semenciers vendant les hybrides ! Le maïs hybride est le cheval de Troie des OGM.

- Ainsi, le but de la fabrication des OGM et des hybrides est le même pour les gros semenciers: avoir le monopole de la reproduction des plantes. Les hybrides tout comme les OGM sont protégés pour l’obtenteur par des certificats d’obtention végétale ou des brevets (DPI).

- Les promesses des OGM : résoudre la faim dans le monde, résoudre toutes les maladies et de nos jours les problèmes climatiques sont à rapprocher du mirage de l’hétérosis chez les hybrides.

- L’augmentation des rendements est toujours la carotte proposée aux agriculteurs, aussi bien pour les OGM : pour nourrir la planète que pour les hybrides : mise en avant de l’effet hétérosis.

- Tout comme les hybrides, les OGM sont des plantes rendues uniformes dans le champ pour le caractère recherché. OGM ou hybrides doivent répondre à des critères génétiques et techniques (DHS notamment : distinction, homogénéité et stabilité) adaptés à l’agriculture industrielle artificiellement entretenue.

- Les OGM cultivés industriellement sont à 99 % liés aux pesticides chimiques, indispensables pour augmenter les rendements. Les maïs hybrides sont aussi cultivés avec des pesticides. En conséquence, les semences hybrides très répandues et les semences OGM sont aussi aux mains des agro-industriels de la chimie.

- Par la main mise sur les semences hybrides ou OGM, quatre ou cinq grandes multinationales des semences et de la chimie asservissent les paysans au profit d’une agriculture industrielle, chimique et technologique. Les paysans, leurs terres, leurs semences et leurs savoirs faire ancestraux sont en train de disparaître sous ce joug.

- De nos jours, les maïs hybrides sont liés à des techniques de repérage sur les gènes, ils sont issus des biotechnologies.

➔ En conséquence, pour les OGM comme pour les hybrides, la biodiversité cultivée est considérablement réduite, ce qui impacte aussi toute la biodiversité naturelle.

➔ Dans les deux cas, l’enfumage de l’industrie et de la plupart des États auprès de la société est évident: mensonges scientifiques, omissions, fabrique de l’acceptabilité sociale.

➔ La guerre au vivant est déclarée puisque des verrous biologiques (cas des hybrides) ou juridiques sont mis en place pour que le grain récolté ne soit pas ressemé.

REDONNONS VIE A L’AGRICULTURE PAYSANNE SANS PESTICIDES ET AVEC SES SEMENCES

 

Collectif des faucheuses et faucheurs volontaires d'OGM

Contact collectif@faucheurs-volontaires.fr

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