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    HISTORIQUE DE LA LUTTE

     
    DOCUMENTS

    Le 24-09-2018 / 07.40            





    LA QUESTION DES LUTTES: SAVOIR SE PROJETER OU BIEN SUBIR L'HISTOIRE.

    Dans l’historique précédent qui a été fait de l’évolution du FV, j’ai avancé le fait que de continuer à focaliser nos luttes vers des constructions politiques inadaptées était une erreur fatale qui ne pouvait déboucher entre-nous, que sur une situation de conflit, c’est à dire d’échec pour notre Collectif. Si j’ai voulu faire cette intervention c’est parce qu’il y a des indicateurs qui montrent qu’après les dernières élections de 2017, certains se précipitent à nouveau tête baissée, vers ce leurre fonctionnel. Pour moi, ces polarisations «critiques» sont de deux types, 1/ En ce qui concerne les attentes environnementalistes, le mouvement fait plutôt du « Grenelle », c’est à dire qu’il négocie ses défaites avec les représentants du Système Industriel. 2/ En ce qui concerne les attentes idéologiques, le mouvement reste, faute de mieux peut-être, de type «structuraliste», alors que c’est plutôt une idée de chaos qu’il faudrait intégrer. Ajouter à cela que certaines actions relèvent d’une grande impréparation et tout montre que nous allons droit dans le mur.

    Pour sortir d’une impasse conflictuelle et dialectique qui s’est notamment révélée sur les listes de discussions et aussi, pour les nouveaux venus, d’une certaine méconnaissance du fonctionnement des structures agricoles, je suis parti de l’idée que, pour des raisons pratiques mais aussi pour la survie de nos luttes, il était grand temps que chacun de nous s’approprie, la théorie du chaos et de l’incertitude appelée aussi, théorie des systèmes complexes (voir ci-après). S’approprier veut dire, dans un premier temps, essayer de comprendre ce qui se cache sous ce concept. Si c’est le cas, pour ceux qui auraient choisi de s’y intéresser, il reste à l’intégrer, ce qui peut demander un certain temps. Disons quelques mois.

    Une fois ce travail d’appropriation autour du thème de la complexité réalisé, il devient alors plus facile de comprendre le schéma de synthèse que je vous ai proposé ci-dessous. En attendant, je développe très succinctement ce schéma qui décrit, dans sa première partie, l’évolution du secteur agricole disons, ces soixante-dix dernières années et projette, dans la seconde, à partir d’un existant en gestation, ce qui pourrait advenir de l’agriculture, dans un système de type réellement complexe.

    ANALYSE : 1/ LES DEUX ANTI SYSTÈMES S’ÉPUISENT ENTRE EUX DANS DES FORMES DE LUTTES DÉPASSÉES ALORS QUE C’EST LE MÉCONTENTEMENT CONTRE LE FONCTIONNEMENT DU SYSTÈME INDUSTRIEL QUI ALIMENTE LEURS TROUPES. 2/ POUR SURVIVRE COMME DOMINANT, LE SYSTÈME INDUSTRIEL DOIT DEVENIR DE PLUS EN PLUS EXCLUSIF ET FÉROCE. 3/ IL DEVIENT PRATIQUEMENT IMPOSSIBLE DE SE PROJETER AILLEURS QUE DANS DES SOLUTIONS HYPER DÉTERMINISTES.

    Dans un premier temps, on considère que les trois entités schématisées, ci-dessus, représentent respectivement au niveau agricole 1/ En gris, une approche identitaire et corporatiste qui se traduit par la notion de « Terroir », 2/ en bleu, une approche industrielle intégrée qui se traduit par la mise en place des « Filières » 3/ En rouge, une approche plus ou moins collectiviste qui se traduit historiquement par la mise en place des « coopératives ». A ces trois dimensions, il faut en ajouter une quatrième qui serait celle d’une « Agriculture Paysanne » plus diversifiée en même temps que plus ou moins porteuse de changement, avec entre autre, le virage vers l’agrobiologie. De ces quatre approches différenciées, quatre types de syndicats en sont issus : Coordination Rurale est « identitaire », la FNSEA est vectrice des « Filières industrielles », le MODEF étant porteur, historiquement parlant, d’un certain « mutualisme ». Nous mettrons à part la Confédération Paysanne comme une expression déjà plus « complexe » à vocation sociétale qui sera décrite lorsque nous aborderons la question des projections territoriales et des propriétés émergentes.

    On appelle « Thermodynamique », le fait de se servir d’un seul paramètre, par exemple le paramètre « économique » pour expliquer ou mesurer la réussite ou l’échec d’un modèle de production. On tombe ici, sur trois types de logiques thermodynamiques : « l’ultralibéralisme », « l’économie de marché » et « le collectivisme », logiques autour desquelles s’agrègent toutes les variables qui concourent à cette réussite et notamment celle de la dimension économique des exploitations agricoles.

    A partir de là, pour comprendre les notions de « réductionnisme », de « déterminisme » et de « binarité », il faut passer par un exemple appliqué. Si nous prenons la variable des structures foncières, c’est à dire si on observe au sein des trois entités, les processus d’appropriation de la terre et que l’on étudie leur évolution dans le temps :

    - Dans le modèle identitaire liée à l’image du terroir, à la notion de ruralité et, à la transmission de père en fils, (ce qui renvoie au système agraire antérieur), la transmission des exploitations devient rapidement impossible comme par exemple pour les grands crûs. Le réductionnisme de cette variable est là, on pense que la transmission d’un bien lié au travail et aux coutumes suffira à perpétuer le modèle alors que l’ultralibéralisme qui a servi à l’édifier est fortement influencé par le modèle industriel qui s’accapare des positions au sein même, de ce modèle, jusqu’à y devenir dominant. Les exclus, c’est à dire, les « petits exploitants », en grand danger de disparition, forment pour survivre, la Coordination Rurale qui plante le décors d’une agriculture de « Pays » protégée de la férocité du marché par tout un arsenal de mesures. Par ce type de protectionnisme, la Coordination Rurale récupère à sa manière, les thèses altermondialistes mais reste en échec, car elle est peu à peu boulotté par le SI ().

    - Si on observe le modèle « Collectiviste » liée à une Agriculture «socialisée» qui aspirerait à devenir, un modèle d’intégration par le salariat (ou par le travail?). Elle pense résoudre cet objectif sans tenir compte de l’aspect sociologique des processus historiques en cours d’achèvement, c’est à dire sans prendre en compte des causes profondes qui ont provoqué l’exode rural et le déclin du modèle familial. A l’heure actuelle, il n’y a pas grand monde qui veut redevenir paysan, très souvent même pas les enfants qui ont parfois les conditions requises pour s’installer. Théoriquement et de manière relativement binaire (la terre à ceux qui la travaille - page 191-), les héritiers de ce courant de pensée marxiste, pensent qu’il suffirait alors d’installer des jeunes sur des terres re-collectivisées (modèle Zadiste) ou réappropriées (Terre de lien), pour éviter ce processus d’érosion. Je vous laisse à cette réflexion qui fait abstraction de l’échec des kolkhozes dans le modèle des soviets, ou de l’échec d’une agriculture gestionnaire de l’espace (CTE, MAE) dans un modèle dominé par l’économie de marché. Dans cette schizophrénie, entre passé révolutionnaire, réalité quotidienne du marché et futur environnemental qu’il n’arrive pas à résoudre, le Modef, perd du terrain et se fait boulotter, petit à petit, par le Système Industriel Agricole ().

    - Voyons alors pourquoi, le Système Industriel Agricole qui est en train de boulotter les deux autres parties, est si fort. Nous faisons ici le pari, que c’est parce qu’il applique les outils d’un vrai fonctionnement systémique qu’il réussi à mettre la pâté à tout le monde. Si l’on observe de près la mise en place et le fonctionnement des « filières » c’est bien le cas : nous sommes là, depuis très longtemps déjà (1960), au cœur de l’organisation des marché, c’est à dire de l’économie de marché. Nous ne développerons pas cet aspect des choses parce qu’on se pose uniquement ici, la question du foncier et de l’accès à la terre.

    Pour la FNSEA, le développement de l’agriculture n’a de sens que par l’agrandissement des structures, c’est à dire par l’accaparement des terres disponibles et par l’installation de personnes conditionnées en amont à ce modèle de production. A un niveau global, la SAFER et la DATAR sont acquises et appuient ce type de fonctionnement territorial. A un niveau intermédiaire, les centres de formations, les techniciens des chambres d’agriculture, ne parlent plus que de dimension économique des exploitations agricoles, la mécanisation venant renforcer ce processus de vidage des campagnes. A un niveau local, la CDAO est incontournable pour l’installation des nouveaux venus, elle est actuellement de plus en plus noyautée par le CNJA/FDSEA. En un mot, à l’intérieur d’une logique de développement industriel et grâce à l’appui de tous les responsables acquis à ce type de fonctionnement, le syndicat dominant, c’est à dire la FNSEA s’est accaparé de TOUS les leviers de l’installation (). Ce choix de « modernisation de l’agriculture » autour de la dimension économique des exploitations agricole qui s’est fait sous le régime chiraquien (1976-2007), et qu’aucun autre gouvernement n’a su remettre en question, a été un choix hyperdéterministe puisque pendant cette période, la modernité a contribué à faire disparaître plus de deux millions et demi d’exploitations agricoles, c’est à dire les ¾ de ces dernières. A partir de là, on voit bien que la récursivité de cette variable, va boucler mécaniquement vers une réduction encore plus sévère des derniers survivants. Uniquement sur cette observation, on devine aussi que le système agricole deviendra à terme, de plus en plus instable dans les zones géographiques, dont il a réduit les choix de diversification (voir étude du maïs à venir).

    Si l’on observe d’un peu plus près, le fonctionnement du niveau agro-industriel (avec, par exemple l’industrialisation de la filière « grandes cultures »), c’est à dire son déterminisme aberrant, relativement à une éventuelle régulation systémique de niveau supérieur qui chercherait à favoriser une certaine homéostasie, on confirme que la logique de cette intégration industrielle débouche sur une approche thermodynamique : dans le système agro-industriel on optimise le fonctionnement d’une variable jusqu’à la mort de la plupart des acteurs qui l’influencent puis, on attend que le système se restabilise... en empêchant surtout, toute manifestation d’éventuelles propriétés émergentes car elles sont toutes vues comme autant de concurrences au modèle industriel dominant.

    Il devient alors évident qu’on ne peut attaquer de manière frontale, une telle entreprise de démolition. Il faut y aller par étapes, en attendant que les conditions soient réunies, c’est à dire que l’objet de l’action coïncide vraiment, comme pour les OGM, avec une attente sociétale de niveau supérieur. On pose donc ici, comme préalable rationnel, aux actions des FV, une idée de déstructuration ciblée, d’une des variables qui servent l’industrialisation, par exemple le niveau de production de semences. Si on observe ce qui se passe chez les Faucheurs, c’est à peu près ce qui se fait, à condition de ne jamais oublier, notre précarité.

    Avant de voir ce qui pourrait, définitivement mettre en échec le dinosaure industriel, il faudrait alors se pencher, comme pour la question du foncier, sur le fonctionnement de toutes les autres variables qui contribuent à faire fonctionner le système agricole industriel et voir une à une, quelle forme de déterminisme les habite ! Pour ne pas trop rallonger ce document (), nous n’en prendrons qu’une seule autre, celle qui rejoint la problématique des OGM, c’est à dire tout ce qui est relatif à l’évolution et à la gestion du vivant au sein de cette activité professionnelle industrialisée.

    Dans le domaine du vivant, le système agro-industriel est là-aussi, en train de devenir plus en plus déterministe, c’est à dire qu’il a accepté l’idée que le vivant était une matière comme les autres, malléable et « optimisable » à l’infini en en choisissant les fonctions ou en les transformant. Partant de l’idée que « l’amélioration génétique » de type mendélien, avait donné, de manière relativement rapide et par effet d’hétérosis de très bon résultats, les généticiens actuels, de plus en plus décalés des contraintes du milieu, ont imaginé alors que les processus de sélection génétique, pouvaient continuer à se réaliser, dans toutes les dimensions de la vie.

    Première limite à cette approche, c’est éthiquement contestable, on pourrait même dire que c’est une nouvelle forme de barbarie humaine qui s’exprime afin, de dominer les êtres et le vivant dans son ensemble. A un niveau homéostatique supérieur, il est donc logique que la société s’en mêle.

    Deuxième limite, c’est épistémologiquement contestable puisqu’il faut voir la génétique comme une résultante de toutes les interactions passées et non comme un point de départ des acquis qui sortiraient du néant. A ce moment là, il suffirait de greffer un gène du végétarisme pour devenir végétarien en oubliant de se pencher sur l’histoire de l’Inde. A moins de vouloir changer totalement le cours des choses, avec toutes les incertitudes que cela comporterait, cette expression de la domination de la vie est limité car elle nous fait rentrer très vite dans un univers chaotique : « qu’est-ce qu’un protocole de 5 ou 10 ans pour observer si un résultat peut s’insérer sans danger avec des événements dont certains datent du milliard d’années ? » Si on part de l’idée que 100 ans on suffit pour amener le réchauffement climatique que peut donc nous amener la génétique, à la vitesse où elle cherche à imposer ses choix ?

    Troisièmement, c’est agronomiquement dangereux car tous les éco-physiologistes du monde savent que c’est un ensemble de facteurs complexes qui commande la réussite d’une culture ou d’une production. Les généticiens pensent donc pouvoir contourner la loi des Facteurs Limitants, comme on contournerait un simple obstacle, en introduisant un empilement de gènes anti-limitants, ce qui reviendrait à terme, à créer, une génétique de la réadaptation. Mais quelle utopie ! C’est peut-être vrai en laboratoire avec quelques chimères mal-foutues et hagardes, dont on observe la déchéance en bordure de la paillasse, c’est complètement faux « au champ ». Les résultats « au champ », démontrent depuis maintenant plus de 20 ans que les rendements n’augmentent pas ou, que s’ils augmentent, comme pour le maïs, c’est dans les environnements les plus favorables et avec une débauche de moyens logistiques, notamment l’irrigation, d’ailleurs soit dit en passant, sans aucun recours aux OGM. A moins de penser que les généticiens sont des idéologues ou de pauvres bourrins, on peut alors imaginer qu’ils travaillent cyniquement à verrouiller le vivant pour le seul profit des multinationales...

    C’est ce déterminisme de fou-furieux, que nous dénonçons quand nous allons faucher des OGM. Nous ne développerons pas plus ici cet aspect des choses, le papier des « Amis de la terre » en lien sur le site des Faucheurs, est explicite sur la nature du chaos attendu. A terme, la récursivité de ce modèle produira le chaos, un chaos qui se manifestera au final, sous forme de crise agricole systémique (). Les généticiens auront-ils alors mis au point, un gène d’adaptation à cette éventualité ? Oui, le gène de la soumission des peuples à dieu-gène, par le biais des travaux sur l’acceptabilité sociale des OGM. Du vrai fascisme larvé. Avec eux, nous sommes passé, d’un système ouvert et interactif (un agrosystème) à un système qui (se) verrouille en récupérant à son seul profit, tous les outils de son rapport au monde.... Là, on sait déjà, par la modélisation, que c’est mortel. Il faut donc faire ici, un constat d’échec d’une certaine approche anthropologique, celle qui consisterait à dominer le monde par l’accaparement historique ou la négation, de toutes les possibilités de différenciation.

    C’est dans ce cadre de réflexion que l’approche par les systèmes prend toute sa dimension car après avoir visité toutes les variables qui conditionnent une à une, sa réussite ou son échec, nous (re)découvririons vite, qu’un agrosystème n’est simplement que l’expression technico-géographique d’une limitation historique de l’action de l’homme sur le milieu. Ce n’est qu’en prenant en compte cette limite que le nouveau système émergent, doit se mettre en place.

    Nous ne sommes pas les premiers à aborder le sujet. A partir des années 75, la relève était déjà prête au sein même de l’Inra pour accompagner le système industriel vers une porte de sortie systémique qui permettait de reprendre en main toutes les dimensions d’un projet sociétal évolutif. Malheureusement, battues à plate couture les URSAD, n’ont plus eu alors dans l’Institut qu’un rôle de figurant (J C Flamant a bouclé cet épisode), servant de vitrine « éthique » au sale boulot de destruction des anciens schémas agraires et des possibilités futures par les généticiens. A partir des années 80, en pleine ascension du néolibéralisme, la messe était dite. Elle prévoyait que les généticiens de l’Institut, allaient devenir les officiants de la religion du tout génétique et de tous ses rites infantiles. Ce qui n’a pas empêché l’approche par les systèmes de voir le jour à travers l’idée puissante d’écosystème portée entre autre, par R Dumont et F de Ravignan, tous deux issus, eux-aussi, d’un USR de l’Inra... Ce qui ne peut pas se faire à l’intérieur du système, se fera donc obligatoirement à l’extérieur.

    A ce stade, et avant de partir bille en tête, vers les stratégies éventuelles de luttes que nous impose le fonctionnement du système industriel, il est tout d’abord intéressant de faire un point de sécurisation pour assurer sa prise. En France le secteur agro-industriel (recherche comprise), lancé à grande vitesse sur les rail de la productivité quantitative et de l’artificialisation des processus de production, n’a pas vu venir le réchauffement climatique, n’a pas cherché à intégrer la notion d’écosystème dans ses réflexions, n’a pas encore admis la notion de facteur limitants, n’a pas compris que la génétique est l’expression même, des interactions systémiques, il vit donc en dehors de toute réalité environnementale.

    L’Inra, ayant ainsi fermé la porte, par le biais de son verrouillage génétique, à l’évolution du vivant domestiqué pendant plusieurs millénaires ainsi qu’aux extraordinaires processus de différenciation naturels afférents, il nous resterait à voir ici, comment l’agriculture industrielle a fermé la porte à sa propre évolution dynamique en refusant de s’inscrire dans une logique de régulation englobante, notamment, celle qui était proposée avec les Contrats Territoriaux d’Exploitation (CTE) ainsi qu’avec les Mesures Agrienvironnementales (MAE), qui allaient de pair ou, en dénaturant ces dernières de telle manière qu’elles deviennent, comme pour la prime à l’herbe le vecteur des pratiques agro-industrielles en attente, comme cela a été le cas dans les Marais Poitevins.

    Les CTE et les MAE, ont été au départ, conçus comme l’essence d’une diversification et d’une adaptation agro systémique. Ils ont été vulgarisés notamment par L Vilain de la DGER. Par CTE on entend un train de mesures agrienvironnementales qui permettent de mesurer l’adaptabilité d’une EA. L’outil qui permet de faire les simulations est la méthode IDEA, nous n’irons pas plus loin car il suffit de savoir que les CTE ont tout d’abord été retoqués par la chiraquie comme l’expression d’un cadre trop limitant, puis annulés. Ce qu’il y a d’intéressant à saisir ici est que la FNSEA aura préféré rester dans son approche thermobynamique plutôt que de s’adapter. C’est ce dont il faut se servir pour adapter nos luttes car ce n’est que dans le cadre d’une crise systémique que tout redeviendra possible.


    La théorie des systèmes

    Malgré les possibilités étonnantes que l'approche connexionniste laisse entrevoir pour tout ce qui a trait à l'intelligence artificielle, les spécialistes ne savent pas encore créer des machines aussi sophistiquées que le cerveau humain. Néanmoins, les caractéristiques propres aux réseaux neuronaux artificiels ont des implications importantes sur de nombreux autres systèmes. C'est ainsi que les chercheurs ont émis une théorie des systèmes appelée parfois complexité.

    1. L'effet papillon

    On parle de complexité lorsqu'un système comprend tellement de facettes connectées les unes aux autres de différentes manières qu'il est quasiment impossible de les analyser individuellement et de les expliquer selon des procédures traditionnelles. Vous ne pouvez pas dire comment fonctionne un système complexe en vous contentant d'extraire les divers composants pour les analyser individuellement. Cette impossibilité est la principale différence entre un système complexe et un système ordinaire.

    En effet, c'est le nombre et la variété des interconnexions entre tous les éléments d'un système qui font que ce système est complexe. Or, ces interactions changent souvent de manière imprévisible. Il arrive qu'une fonction se déroule d'une certaine façon puis d'une tout autre façon à un autre moment. En fait, dans un système complexe, le moindre petit événement imprévisible peut donner lieu à une succession d'événements plus importants qui rendent impossible la compréhension du mode de fonctionnement dudit système. Ce phénomène est baptisé « effet papillon ». En théorie, un battement d'aile de papillon au Brésil suffit pour modifier la direction du vent et la pression atmosphérique et pour déclencher une tornade au Texas !

    2. Une complexité virtuelle

    Le cerveau humain n'est qu'un système complexe parmi d'autres. La météorologie, les écosystèmes, les êtres vivants, la Bourse, les langages quels qu'ils soient sont autant de systèmes complexes. Ces systèmes sont constitués d'éléments organiques et d'éléments non organiques. Celles et ceux qui planchent sur la théorie des systèmes vont tout mettre en œuvre pour tâcher de modéliser un système complexe. En règle générale, ils essaient d'étudier les systèmes en mettant en place des modélisations informatiques avec l'espoir d'en extraire des informations sur le fonctionnement de ces systèmes. Or, modéliser un système complexe n'est pas simple car nul ne peut prévoir ce gui peut se passer ; le facteur « imprévisible » est omniprésent. Les spécialistes en théorie des systèmes essaient de travailler avec des algorithmes (formules mathématiques) grâce auxquels leurs modélisations peuvent être réalisées au plus près de la réalité. C'est ainsi qu'apparaissent des logiciels simulant les fluctuations boursières, la manière dont se déplace un banc de poissons ou l'évolution des espèces par le biais de la sélection naturelle.

    En fait, ce qui est merveilleux avec la théorie des systèmes, c'est qu'on peut l'appliquer pratiquement à tous les domaines. Des chercheurs d'horizons divers y voient un outil formidable. C'est d'ailleurs ce qui fait le grand succès de cette théorie. Certains pensent qu'elle pourrait nous permettre de comprendre les relations entre les différents éléments de l'Univers, du big bang aux retours sur investissement en passant par les papillons... (Je schématise, mais notre besoin de rendre les choses compréhensibles nous conduit parfois à surinvestir certaines théories.) Une chose est sûre, cependant : la théorie des systèmes permet d'établir des passerelles entre les sciences naturelles (biologie, physique, chimie, etc.) et les sciences sociales (sociologie, économie, psychologie, etc.).

    À côté des inconditionnels, certaines personnes plus prudentes demandent à voir. Car il y a un gouffre entre la réalité et les possibilités de modélisation permettant de comprendre cette réalité. De manière empirique, dans la mesure où des modélisations différentes aboutissent aux mêmes résultats, on peut se demander si telle modélisation qui semble reproduire tel système précis est vraiment valide puisqu'une autre modélisation peut y parvenir aussi. Il est donc difficile aujourd'hui de tirer des conclusions définitives sur les relations entre les systèmes et leurs modélisations ou sur les relations entre les différents systèmes.

    3. Des systèmes organisés

    En dépit des incertitudes et des difficultés rencontrées, la théorie des systèmes laisse entrevoir d'énormes possibilités. Les systèmes complexes ont l'avantage d'être extrêmement bien organisés. Ils prennent forme et évoluent non pas en fonction d'éléments extérieurs ou parce qu'ils ont été conçus de telle ou telle manière, mais parce qu'ils tiennent compte des différentes interactions entre les éléments propres au système. Ce que l'on ne peut pas reprocher aux systèmes complexes, c'est leur manque d'organisation !

    Moins un système est stable, plus il est organisé, jusqu'à ce qu'il ne fonctionne plus. À l'inverse, moins un système est organisé, plus il est stable, et plus il risque de se verrouiller. Les systèmes réussissent donc à trouver un équilibre entre la stase (l'arrêt) et l'instabilité critique. Or, l'organisation d'un système ne dépend pas d'un seul élément. Les systèmes complexes ont tendance à conserver leur organisation dynamique même lorsque certains éléments changent ou cessent de fonctionner ou lorsque l'environnement se modifie de manière significative. Autrement dit, le systèmes complexes s'adaptent.

    Cette propriété, appelée « récursivité », caractérise le degré d'interconnexion entre les différents éléments d'un système. Sont considérés comme des interconnexions les boucles de rétroaction et les canaux de bifurcation, qui augmentent considérablement le potentiel du système, lequel peut alors mieux réagir quand l'environnement change de manière inopinée. Les systèmes complexes sont souvent si récursifs que certains éléments servent de sauvegarde quand d'autres cessent de fonctionner. C'est ce qui permet au système de continuer à marcher...

    La récursivité remplace désormais les explications de la science traditionnelle fondées sur les relations de cause à effet. En fait, les spécialistes de la théorie des systèmes ne cherchent pas des causes isolées susceptibles d'expliquer ce qui se passe mais ils essaient d'avoir une vue d'ensemble en gardant à l'esprit que les différents éléments peuvent changer, s'améliorer ou se dégrader au fil du temps. Ce sont ces changements qui font que les systèmes complexes sont importants, car ils laissent entrevoir nombre de possibilités pour résoudre des énigmes scientifiques et philosophiques, comme toutes les questions ayant trait à la pensée, l'apprentissage et la mémoire, mais aussi des interrogations portant sur les origines de la vie, l'adaptation des espèces et l'évolution des êtres vivants. Sans oublier la Bourse... cela va de soi !

    Jay Stevenson


    Partie III : La projection des luttes. (A venir)

    RÔLE DES LUTTES : 1/ MONTRER LES LIMITES DU SYSTÈME INDUSTRIEL 2/ DÉSTRUCTURER LE SYSTÈME PAR DES ACTIONS AD HOC 3/ PROJETER ET AMÉNAGER DES ESPACES DE SURVIE OU DE LIBERTÉ, MÉTA-SYSTÉMIQUES

    PRÉ-REQUIS : COMPRENDRE LE FONCTIONNEMENT D’UN SYSTÈME POUR SAVOIR OÙ IL FAUT AGIR.

     

     

     

     

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